Jerba la douce, une légende

C'est une chanson du temps des colonies et protectorats
une chanson de nos grands-pères dont je me souviens de l'air.
Quant aux paroles... qu'au loin bien loin elles s'envolent
pas vraiment de bon goût, quelque chose comme ça :
"Tralala la moukère tralala bono..."
L'histoire que voilà, certainement que vous ne la connaissez pas.
C'était autrefois au bord de l'eau sur la plage de Jerba. Tralala.
En tête, marquez le pas !
Tout au bord de l'eau, belle eau, bonne eau.
Bono.
La Belle n'était point arabe point berbère.
Elle courait à foulées légères
cheveux en feu
entraînant une nuée d'amoureux
accrochés en douce à cette rousse,
bruit des pas amorti par la mousse
de vaguelettes venues échouer là,
sur la plage de Jerba.
La moukère, tralala.
En arrière, ils se tenaient à courte distance,
à quatre pas, respectueux des convenances,
tous derrière, tout derrière.
La belle jamais ne se retourna
allongea même le pas
que nul ne l'importuna
ne la rattrapa
ne la dépassa.
La moukère, etc.
C'était en mars de l'an... je ne sais pas.
Marquez le pas, l'histoire ne s'arrête pas là.
La légende prend le pas et va au delà.
Elle dépasse celle d'El Ghriba belle étrangère
point arabe point berbère.
En arrière à quatre pas
et qu'on ne l'ennuie pas !
Les heures passèrent, la belle devant, altière
eux toujours derrière.
Tralala la moukère.
Une lame sans pitié la happa au loin à jamais l'emporta.
Au pas, au pas, on ne la revit pas.
Grande honte à la mer cruelle qui nous priva de la Belle.
Depuis nul ne s'étonne que certains soirs la lune soit si rousse
au dessus de Jerba la Douce.