100 - Couleur de peau
Laissons la parole aux légumes qui ont bien peu souvent l'occasion de s'exprimer - si on fait abstraction de certains politiques dont la pensée est parfois... végétale.
Un rondelet radis blanc, arrogant comme un roquet, fort satisfait de sa petite personne, dressé sur ses ergots (des ergots de radis !), replet comme un chanoine, toisait avec suffisance un grand diable de radis noir, demeurant heureusement placide en la désagréable circonstance.
L'hargneux crucifère se moquait de la couleur et de la rugosité de la peau craquelée d'éléphant du noiraud, de son odeur, de ses odeurs venues d'ailleurs, de ses origines, indéniablement convaincu de sa supériorité de blanc, mettant en avant la délicatesse de sa chair, son teint pâle et ses joues roses.
Un sentiment que l'agressé ne partageait nullement, bien évidemment, bien qu'il conservât un quant-à-soi de bon aloi qui plaidait avantageusement en sa faveur et ses saveurs.
Un cornichon qui passait par là, prêtant l'oreille (une oreille de cornichon !), faisant fi de sa triste réputation - celle de se mêler de tout et d'être d'un jugement incertain - sans qu'on lui demandât, donna volontiers son avis sur le sujet opposant deux ennemis de proche famille qui auraient pu être amis, tout naturellement :
" Soyez prudents ! Noirs ou blancs, le beurre réglera tôt ou tard votre présent différend. "
Affaire de temps.
Encore des oreilles d'âne pour avoir collé un S à l'invariable "porte-monnaie" dans le précédent texticulet (sans contaminé). Si tu ne viens pas à Lagardère...