122 - Les oubliées de l'Histoire
Huilés petits innocents corps étêtés,
vous méritez un hommage pointu
égal à celui rendu à l'anonyme Poilu,
sous le majestueux arc triomphal
témoin historique de l'essentiel de nos larmes.
Fanfares drapeaux minute de silence...
Vive la France !
Vous aussi d'un nom êtes privées, malmenées nymphettes en eau salée précocement sacrifiées,
vierges encore, sauvagement violentées, dans les mailles des filets piégées.
- ce matin-là la marée fut si belle qu'elles furent sur le champ déflorées ; on retrouva, dit-on, leurs hymens jusqu'aux rivages des îles Kerguelen... -
Pêchées, asphyxiées, mutilées,
dans une huile visqueuse noyées,
entre vos semblables cruellement coincées,
sur vous une porte hermétiquement refermée,
de s'échapper dans l'absolue impossibilité
pour regarder ne serait-ce qu'une fois encore Thalassa à la télé
et Jean-Pierre Terne-Eau à midi au J.T. (veinardes !)
Votre sort de poissons industriellement cuisinés est triste à pleurer.
Ces sardines qui peut-être un jour finiront malaxées, pulvérisées, en pâtée, dans les boyaux du prochain Inconnu de la future der des ders, honoré comme il se devra par une reconnaissante et point ingrate Nation.
Fermez le ban (de sardines).
Gardez-vous de mettre en boîte les sardines quand elles ne sont pas d'humeur badine.
Leur sens de l'humour est extrêmement limité.